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nov 2017
L’HABITUDE DES BÊTES · LISE TREMBLAY.
Posté dans Nouveaux romans. par JC-GIROUD à 3:20 | Pas de réponses »

L’HABITUDE DES BÊTES · LISE TREMBLAY

Boréal, 168 pages, 2017.

 

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Dentiste à la retraite, Benoît s’est retiré dans son chalet dans le Nord. Pour de bon. Benoît a toujours eu l’habitude de fuir. Il a été un mari et un père généreux, mais absent. Lorsqu’un vieil Indien lui dépose un chiot entre les mains, sur le tarmac d’un petit aéroport, il ne peut pas reculer. Il adopte Dan. Entre le chien et son maître, ce sera à la vie à la mort.

«Dan avait été un accident de parcours, un vrai accident qui change la direction d’une vie. J’en étais conscient et j’en avais vaguement honte. […] Un jour, on m’avait donné un chien et j’avais changé.»

Il y avait longtemps que les habitants n’avaient pas vu de loups rôder dans le coin. La vieille Mina en a vu un. D’autres ont vu des empreintes. Stan Boileau et son gang sortent les griffes. Pas question que les loups continuent de blesser les orignaux et menacent la saison de chasse. D’autres, comme Rémi, font profil bas. Son neveu Patrice, nouveau garde-chasse du coin, entend bien calmer les ardeurs de Boileau et de son clan. Il compte faire régner l’ordre. La tension monte d’un cran et divise la population.

Il n’y a pas que les loups qui rôdent. La mort aussi. Mina, avec un pied dans la tombe, l’attend impatiemment. Dan, atteint d’un cancer, a de plus en plus de mal à supporter les jours. Benoît devra faire un choix. Loin de la ville, le temps file à son rythme, mais n’épargne personne.
L’habitude des bêtes est ce que je qualifie de roman d’atmosphère. L’intrigue est secondaire, servant de prétexte pour planter le décor et les personnages. C’est avec lenteur et finesses que Lise Tremblay déroule leur destin. Parlons-en de ces personnages. Car ce sont eux qui m’ont retenue entre ces pages. Benoît, ce «Jack London du dimanche», est un homme bienveillant. Du moins, c’est ce qu’il est devenu après avoir quitté la ville pour de bon. La relation qu’il a développée avec son chien en est une belle preuve. Carole, sa grande fille, souffre de dysphorie de genre. Au fil du roman, elle s’épanouit petit à petit, prend de l’assurance et se rapproche de son père. Odette, la vétérinaire du village, est à deux pas de la retraite. Mina, pétillante et lucide, est en route vers d’autres cieux. Chaque personnage de Lhabitude des bêtes se retrouve au coeur d’une transformation, intérieure ou physique. Il y avait un avant, il y aura un après…La vision de la mort, ici, a quelque chose d’apaisant, de réconfortant. La mort faisant partie de la vie, on ne se bat pas contre l’inéluctable. Cette vision n’a rien de larmoyant ni de déprimant. Une sagesse et une grande maturité se dégagent de ces pages.

L’esprit de village, avec ses commérages et son tissage serré, est bien rendu. Loin de toute réalité urbaine, les hommes réparent le toit et coupent du bois avant l’hiver, marchent autour du lac, écoutent le temps passer. Cette vie rurale, ancrée au plus près de la terre, m’a bien fait rêver.

L’habitude des bêtes est une chronique douce et lucide du temps qui passe. L’écriture, simple et fluide, va droit à l’essentiel. Lise Tremblay donne corps au silence, traque des éclats de tendresse dissimulés derrière les non-dits. Une réflexion sur la solitude, le lâcher prise, l’apprivoisement de la mort et la fatalité. Un roman vibrant de vie.

L’habitude des bêtes, Lise Tremblay, Boréal, 168 pages, 2017.

Lise Tremblay est née à Chicoutimi. En 1991, elle s’est vu décerner pour son roman L’Hiver de pluie le Prix de la découverte littéraire de l’année du Salon du livre du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le prix Joseph-S.-Stuffer du Conseil des arts du Canada. En 1999, son roman La Danse juive lui a valu le Prix du Gouverneur général. Elle a également obtenu le Grand Prix du livre de Montréal en 2003 pour son recueil de nouvelles La Héronnière. Elle a fait paraître deux romans au Boréal, La Sœur de Judith (2007) et Chemin Saint-Paul (2015).
Lise Tremblay

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